La prostitution : le péril jeune

Tribune parue dans Libération le 5 Juin 2015 

En 2015, les jeunes réclament avec force le vote d’une loi en faveur de l’abolition de la prostitution visant à mettre un terme à l’exploitation sexuelle des femmes !

Les jeunes ne souhaitent plus vivre dans un pays où le corps d’une femme peut être acheté. Nous défendons au contraire une société égalitaire, plus juste et solidaire, où les corps des femmes et des hommes ne peuvent ni s’acheter ni se vendre et où la sexualité est faite de désirs réciproques au lieu d’obéir aux lois du marché.

Pourtant cette société est encore une chimère. Le détricotage du travail mené par l’Assemblée nationale en faveur de la pénalisation des clients de la prostitution et le rétablissement du délit de racolage par le Sénat illustrent assez bien le décalage immense existant entre les aspirations de la jeunesse et les conservatismes, comme l’a montré le vote des sénateurs. Avec l’entérinement du statut quo, les personnes prostituées sont toujours considérées comme des délinquantes, les clients peuvent continuer d’agir en toute impunité et les réseaux prostitueurs se frottent les mains. En 2015, faut-il encore prouver que se voir imposer un acte sexuel contre de l’argent n’a rien à voir avec un choix ?

S’il fallait un exemple supplémentaire des violences subies par les femmes victimes du système prostitueur, le procès du Carlton est à ce titre emblématique. Sous une lumière crue, le grand public a découvert des jeunes femmes, acculées à une prostitution occasionnelle lorsqu’elles n’ont pas assez d’argent pour payer leurs factures ou pour nourrir leurs enfants. Qualifiées de « matériels » ou de « desserts » par les clients, elles sont recrutées par des proxénètes pour des « partouzes » qui tournent à la « boucherie ». Froidement, là où on nous parlait d’escorts de luxe qui auraient choisi ce “métier”, elles racontent des scènes d’humiliation, de torture et de viols collectifs. Ce procès a dévoilé au grand jour la réalité de la prostitution, même dans des draps de soie, marquée par une dépendance des femmes à des réseaux qui les exposent de force aux violences, aux maladies, à l’alcool, à la drogue et à la mort. Dans cet engrenage leur espérance de vie chute à 34 ans aux Etats-Unis.

La seule liberté qui semble exister c’est celle des clients, quasi exclusivement des hommes, d’abuser sexuellement des personnes prostituées, à 85% des femmes.

Nous refusons ce patriarcat violent et criminel, véritable frein à l’égalité réelle entre les femmes et les hommes. Fort-e-s de la conviction que le futur n’est pas une fatalité mais bien ce que nous allons en faire, nous demandons aux député-e-s de redonner toute son ambition au texte de loi initial, et même de le renforcer en terme de moyens pour la réinsertion et la protection des personnes étrangères, lors de son examen en 2ème lecture le Vendredi 12 juin. Loin d’aménager la violence que représente la prostitution, il doit permettre la pénalisation des clients, la reconnaissance des personnes prostituées comme des victimes du système prostitueur et le démantèlement des réseaux de traite et de proxénétisme.

Du 30 mai au 6 juin, nous appelons les jeunes et moins jeunes à se rassembler lors de conférences et d’actions militantes et à se déclarer pour l’abolition du système prostitueur.

Premiers signataires :

Claire Serre-Combe, Porte-parole d’Osez le féminisme! (OLF)

William Martinet, Président de l’Union nationale des Etudiants de France (UNEF)

Nordine Idir, Secrétaire général du Mouvement des Jeunes Communistes de France (MJCF)

Laura Slimani, Présidente du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS)

Fatima Benomar, Secrétaire générale des efFRONTé-e-s

Mathieu Bauhain, Secrétaire national de l’Union des Etudiants Communistes (UEC)

jesigne